Merci Odette

Après l’école, quand j’étais au primaire, je devais toujours rester un peu à la garderie jusqu’à ce que mes parents finissent de travailler. C’est aussi là qu’on dînait, ceux qui n’avaient pas le loisir de retourner à la maison manger leurs p’tites sandwichs pas de croûte. La surveillante à mon école, c’était mon amie. Dans la cour d’école, c’est avec elle que je me tenais.

Elle s’appelait Odette.

J’avais 10 ans et déjà, je préférais me tenir avec la sagesse des adultes, tannée des chicanes de barbies pis de la violence gratuite du ballon-chasseur. Il faut dire aussi que je n’étais pas douée dans les jeux d’hébertisme qu’il y avait dans la cour, après plusieurs bleus et chutes qui m’ont laissé étonnamment sans séquelles, le partage de connaissances entres individus me semblait une meilleure idée.

Et un jour, Odette m’a donné un conseil dont je me suis toujours rappelé.

Vois-tu, mon cœur d’enfant s’intéressait à un petit blond assis à côté de moi, en classe. Gars que j’ai aimé jusqu’en secondaire 4, ma plus longue relation à vie, jusqu’à ce que la flamme s’éteigne le jour où je l’ai surpris à se décrotter le nez pour ensuite déguster ses doigts dans la ride de bus sur le chemin du retour à la maison. C’est à ce moment-là que j’ai décroché.

Pas nécessairement parce que je le jugeais de faire ça, mais surtout parce que je me suis rendue compte que j’idéalisais quelqu’un qui se dégustait encore les sécrétions de muqueuse nasale.

Ça m’a coupé l’appétit amoureux.

Tu as le droit de mettre tes doigts dans tes narines, mais à ce moment, le qualificatif “parfait” ne te représente peut-être pas le mieux. En même temps, si tu n’avais pas de kleenex, c’était pas nécessairement de ta faute et tu ne devrais peut-être pas perdre ta capacité amoureuse pour autant. Anyway, après 5 ans, je pense que j’avais fait ma part.

Mais là, je m’égare vraiment.

Donc, mon cœur d’enfant s’intéressait à un petit blond assis à côté de moi, en classe. J’avais jamais aimé fort de même. Un jour, j’avais même écrit en boule de neige collé sur le mur de l’école, ses initiales. Quand la cloche avait sonné et que les élèves devaient former des rangs dans la cour, toute ma classe s’était retrouvée devant mon graffiti en flocons. Avec un nom composé comme le sien et l’esprit de déduction plutôt développé des autres élèves, mon amour était dévoilé au grand jour. Mais c’était pas grave car j’avais envie de lui demander d’être mon chum. Une vraie petite fille téméraire! Odette étant ma grande confidente, je lui avais parlé de mes sentiments pis du fait que j’aimerais déclarer ma flamme à un petit blond à la coupe bol que je trouvais bien cute. Elle m’avait alors dit:

“Demande-lui, tu as quoi à perdre? Le pire qu’il puisse te dire, c’est non.”.

Le problème, c’est qu’à 10 ans, se faire rejeter par l’amour de sa vie en se faisant dire non,  c’est quand même un gros inconvénient. Parce qu’à l’âge prépubaire, tu ne le sais pas que l’amour de ta vie, tu vas en avoir toute ta vie.

Quand t’es jeune, tu prends même pas la peine de connaître l’autre avant de dire que tu l’aimes car tu le connais déjà, il est dans ta classe. Après tout, le LoveDoctor de lovecalculator vous avait donné 95% et c’était une raison suffisante.

Tu savais que c’était pas un truc fiable et qu’en réalité, la seule chose dont tu pouvais être sûre, c’était que si tu lui demandais, tu allais avoir une réponse et que ce qui est pire qu’un 5% de probabilité que votre relation ne fonctionne pas, c’était de ne pas l’essayer. Parce que si tu n’essaies pas, tu ne le sauras pas.

Mais moi, j’avais pas pensé à la possibilité de me faire dire non. Tant que je ne l’avais pas demandé, le non n’existait pas vraiment mais le potentiel du oui, oui. Je ne croyais déjà plus au Père Noël, à la fée des dents, au bonhomme sept heures, mais j’avais encore l’espoir amoureux. Je savais qui mangeait les biscuits du Père Noël et qui buvait son lait, je n’attendais pu mon dollar sous l’oreiller après avoir perdu une dent, mais je croyais encore à l’amour.

Parce que cette croyance-là réside dans le moment où tout est encore possible, où tout est encore beau puis que tu peux encore t’endormir le soir en te faisant des scénarios sur votre vie à deux. Puis que cette relation-là est peut-être pas réelle mais elle est possible, ça se pourrait que lui aussi, il trippe sur toi en cachette. Une relation imaginaire probable, c’est bien mieux que la certitude que ça n’arrivera pas.

Mais je suis allée lui demander, parce qu’Odette c’était mon amie et qu’en plus, c’était une adulte et que ma mère me répétait sans cesse que les adultes ont toujours raison. Je faisais confiance au jugement d’Odette, je ne me tenais pas avec n’importe qui et elle avait toujours été d’une sagesse exemplaire. Et puis, sans oublier le “le pire qu’il puisse te dire c’est non”, il y avait tout de même le “tout d’un coup que c’est oui?”. Il avait toujours été fin avec moi et ne s’était pas fâché quand j’avais dévoilé ma flamme devant toute la commission scolaire avec ses initiales tatoués en blanc sur le rouge du mur de l’école. Si mon amour était aussi évident et qu’il en avait pas pris avantage pour rire de moi, j’avais des chances. Tout d’un coup que c’était oui. Ce sera oui, j’en suis maintenant convaincue.

Je lui ai écrit “Veux-tu sortir avec moi?” sur une boîte en carton qu’on utilisait pour un projet en classe et je lui ai tendue. Puis, c’était encore mieux qu’on se l’imagine, parce que mes oui entendues dans mes rêves allaient en devenir des vraies. Main dans la main pour de vrai. Je l’ai vu écrire cc qui ressemblait à trois lettres. Trois lettres comme dans “OUI”.

Mais y’a écrit non.

Parce qu’Odette finalement, elle donnait des conseils de marde.

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