La section tapis

C’est con parce que j’pensais pas reparler de toi. En fait, j’pensais juste que j’avais pu rien à dire sur le sujet. Mais la vérité, c’est que la moindre petite chose des fois, ça me rappelle toi, ça me rappelle nous. Pas parce que j’t’aime encore ou que j’t’ai déjà aimé ou whatever, juste parce qu’on a créé des millions de souvenirs ensemble pis que des fois ben les endroits où j’vais pis les choses que j’touche, ont pas nécessairement changé depuis la fois où on était deux. Nous on a changé. Nos souvenirs ont sûrement changé un peu aussi, j’pas mal sur que ma mémoire a embellit l’temps passé ensemble, comme ça, on fait moins de bruit de chat qui crache dans notre tête quand on pense au temps perdu à pas aimer ou toucher la bonne personne.

J’capable d’me rappeler qu’à 15 ans, le premier gars sur qui j’ai trippé est déjà venu chez moi en vélo à minuit le soir. Mes parents n’étaient pas là, on a écouté Bleu Nuit ensemble. Il ne s’est rien passé. Il ne s’est jamais rien passé. J’ai même pas encore compris pourquoi t’étais là, à deux heures du matin, chez moi à regarder du porno-pas-porno pendant que moi j’étais trop abasourdie par ta présence pis ben plus énervée par elle que par la possibilité d’voir un p’tit bout de n’importe quoi de sexuel sur ma télé cathodique. J’pense que c’est un d’mes plus beaux souvenirs à vie. C’est clair que si quelqu’un m’écrit aujourd’hui, dépassé minuit, ça ne serait vraiment pas pareil. Des fois, ça serait l’fun de pouvoir retourner au temps où juste aimer de loin c’tait suffisant pour tout le monde. J’dis pas que dans ton dedans, t’avais pas un p’tit espoir qu’on fasse un remake de c’qu’on avait vu, comme pour te remercier d’avoir fait 30 minutes de vélo pour venir me voir, mais tu l’as pas laissé paraître. Grâce à ça, ça me permets d’avoir un beau souvenir pas gâché du premier gars que j’ai aimé d’un amour naïf comme ça n’arrivera pu jamais.

J’me rappelles aussi des belles rides de quatre roues que j’ai eu avec mon premier-amoureux-pas-premier-amour même si au final, ce gars-là m’a juste servi de premier essai à l’amour. De l’odeur particulière d’la bouette sur notre linge après avoir roulé dans l’champs pendant quelques heures et à quel point c’était l’fun se salir en roulant vite. T’avais les yeux bleus comme personne pis vu qu’t’étais tout le temps sale, ça les rendait encore plus brillant. J’me rappelle de tout ça pis du fait que t’étais l’premier gars à m’avoir aimé pour de vrai, de ton amour naïf à toi.

Plus le temps passe, plus j’me rappelle juste de l’essentiel, du top 5 des meilleurs et pires moments passés avec quelqu’un. Des fois c’est rien que les bons moments, des fois c’est juste les pires, parce que ça arrive que des fois, c’est que ça. Parfois, c’est un gros mélange des deux, en alternance. C’tait l’fun, c’tait d’la marde comme si l’passé pouvait pas être un beau mélange des deux et pas être trop grave finalement.

Des souvenirs agréables, ça peut être quelque chose de vraiment banal, comme la fois où on est allé au Ikéa. J’me rappelle qu’tu conduisais mon char même si t’as pas vraiment de permis valide pis à quel point ça m’faisait chier qu’on s’entende aussi bien mais qu’on puisse pu en profiter comme avant. J’le sais que j’t’ai coûté cher cette journée-là parce qu’on était venu juste pour acheter une lampe pis que t’es revenu avec plein d’affaires. T’as eu envie d’acheter un tapis pour ton salon pis j’t’en ai trouvé un. Tu m’parles encore de la façon que j’avais d’y tirer l’poil, assise dessus en indien, en plein milieu du magasin. J’sais pas si j’tais cute ou si j’avais l’air confortable, peut-être les deux, mais tu l’as acheté. J’pense j’ai pleuré tout le retour chez nous, parce que j’trouvais ça tellement con d’avoir le pouvoir de te faire dépenser trop avec ma face mais d’pas avoir le pouvoir de t’ouvrir les yeux sur nous.

C’tais l’fun, c’tais d’la marde.

Pis après, l’temps passe, on s’fait d’autres souvenirs, les anciens deviennent plus beaux, moins écorchés, moins présents. Ils prennent un pourcentage plus modéré d’espace dans ta mémoire. On oublie quand même vite le degré de douleur qu’on a eu. J’me rappelle d’avoir pleuré mon premier amour comme jamais j’pleurerai pour quelqu’un d’autre dans ma vie, mais j’suis reconnaissante d’avoir su c’était quoi avoir des papillons dans l’ventre à en faire des indigestions, à savoir que j’peux avoir la tête qui tourne juste à croiser quelqu’un dans un corridor. J’pas rancunière de ces souvenirs-là, d’m’être faite niaiser par un p’tit gars pré-pubaire, non plus.

J’sais aussi qu’à ma manière, j’ai sûrement semé des souvenirs dans leurs têtes pis que des fois, ça rejaillit.

Comme toi, qui pense encore à moi quand tu vas dans la section tapis.

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