Doux.

J’me suis souvent faite violence. J’ai souvent fuis l’intimité en l’acceptant et en r’gardant ailleurs. J’refuse que la main qui m’touche la peau, m’touche l’âme. J’fuis les regards parce que j’veux pas voir ce qui s’y cache. J’ai tendance à laisser les gens entrer dans ma demeure lorsqu’elle est inhabitée, leur ouvrir la porte, welcome welcome installez-vous confortablement, garder vos souliers. Les accueillant toujours comme des invités et jamais comme des personnes qui pourraient s’y sentir confortable et vouloir s’y loger. J’dis ma demeure mais c’est métaphorique, parce que ma vraie maison à moi, elle est bien trop intime pour laisser entrer qui ce soit. Chez moi, c’est trop confortable pour envisager accueillir. Parce que le confort, ça se trouve pas à deux.

Les relations à deux, ça s’fait par derrière, avec l’image flou de son partenaire en tête, le headboard devant les yeux comme un tableau auquel j’peux facilement imaginer ma liste de tâches de la journée. La mesure de mon corps pour distancer mon cœur de la chaleur de l’autre. La vérité, c’est que la plupart du temps, les gens ne remarqueront même pas que tu regardes ailleurs. La vérité, c’est que tout peut ne pas être intime, si tu le décides. J’offre mon corps comme une supercherie et ça marche la plupart du temps. Pour un instant, du moins. Sans vraiment savoir si c’est moi ou l’autre qui se fait avoir, dans l’fond.

Mais des fois, on s’tanne d’agir de même. D’enfiler chaque jours son costume de fille qui care pas par-dessus celui qui care trop. Une fois de temps en temps, on se laisse surprendre par à quel point ça peut être doux quelqu’un d’autre. À quel point l’exaspération que j’ai pour mes propres complexités, des fois, j’suis toute seule à les soupirer. Parce que je sais que lorsqu’on s’abandonne, on court à sa perte. Dès le moment où on s’plait et on s’laisse aller à quelques choses de doux, c’est le moment où on accepte aussi que ça peut être gâché.

Mais des fois, on s’met à oser regarder quelqu’un dans les yeux, l’observer entrer dans notre intimité, pis on se rend compte que ce n’est pas si épeurant, dans l’fond. Que parfois, c’est même beau. Il y a quelques choses de profondément indécent, dans le fait de soutenir un regard, qui dépasse amplement la nudité. Et puis sans s’en rendre compte, on se retrouve apaiser, le poids du corps sur celui d’un autre comme s’il s’agissait d’un lac habituel où on a habitude de plonger. On se dit que ça pourrait être simple, que ça pourrait être doux, si on s’laissait submerger pour de vrai. Si on arrêtait de focaliser sur nos craintes, aussi grandes qu’elles soient et qu’on s’mettait à vivre le moment à deux, aussi imparfait-parfait peut-il être.

Des fois c’est tellement doux que ça donne envie d’essayer.

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